Macho

Pierre Lorquet, 10 juillet 2009


Fred convoitait la place de sa voisine de palier, une rédactrice publicitaire plutôt àson goà»t quoique marocaine. Persuadé qu’un tel poste, au mérite, n’aurait pu lui échapper, il décida de forcer la chance. Il fit sauter les plombs de l’immeuble pour dérégler les radioréveils. Il poussa son lit contre le mur mitoyen et fit du trampoline dessus, ce qui est désastreux pour le moral d’une célibataire. Quand il ne rebondissait pas, il jouait du tambour et quand il était fatigué du tambour, il téléphonait. De lettres anonymes en étrons sur le paillasson, il parvint àlui offrir son secours, et même àdevenir son confident. Ainsi put-il lâcher chez elle plusieurs couples de souris, des cafards et une tarentule. Lorsque la voisine venait sonner àsa porte, il l’encourageait àboire car elle avait l’alcool triste. Il la consolait alors de haut en bas, jusqu’àl’aube, si bien qu’elle partait au boulot lessivée. Un jour, bingo ! elle gifla le directeur créatif qui lui demandait si elle avait fait le ramadan toute la nuit. Fred put enfin revendiquer la place. Toutefois, après un premier entretien prometteur, la graphologue attachée àl’agence laissa entendre que la rondeur de ses voyelles accusait une nature exagérément scrupuleuse pour une fonction dans la publicité.

Une lesbienne selon lui.